maintenir. Pénuries : L’huile de palme peu après l’huile de tournesol, quelles conséquences pour la France ?
Confrontée à des pénuries, l’Indonésie, premier producteur mondial d’huile de palme, a annoncé qu’elle suspendrait toutes ses exportations. Mais quelles sont les conséquences pour la France ? Verra-t-on les pots de Nutella disparaître des rayons des supermarchés ? Entretien avec Thierry Pouch, économiste spécialiste de l’agriculture.
Les marchés pétroliers sont sur les nerfs depuis des mois…
Absolument. Depuis 2021, il y a eu des tensions sur le marché pétrolier en raison de la reprise économique. La guerre d’Ukraine l’a renforcé. Le pays est un gros producteur d’huile de tournesol et exporte de moins en moins. En conséquence, la demande qui est restée forte depuis 2021 a poussé les prix à de nouveaux sommets historiques. Le prix de la tonne d’huile de tournesol a atteint 2 300 dollars en début de semaine. Cela se compare à environ 1 000 $ au début de l’année dernière.
Face à cette situation, les restaurateurs et transformateurs modifient leurs recettes pour utiliser moins d’huile de tournesol ou utiliser des substituts. En conséquence, les indicateurs ont montré que dans l’industrie alimentaire, la demande d’huile de palme a augmenté. Il y a en fait un effet domino, commençant par l’huile de tournesol, s’étendant à l’huile de canola, et maintenant affectant l’huile de palme.
Pourquoi l’Indonésie a-t-elle décidé de suspendre les exportations d’huile de palme ?
Tout l’archipel d’Asie du Sud-Est fait face depuis quelques semaines à une pénurie d’huile de palme. Parce que la demande mondiale compte. L’Indonésie fournit environ 60% de la production. Le pays connaît des flambées de prix car il utilise beaucoup d’huile de palme pour la cuisine. La perspective d’une hausse des prix a suscité des inquiétudes quant aux tensions sociales dans le pays et, par conséquent, l’Indonésie a décidé de suspendre les exportations. Il s’agit de favoriser l’approvisionnement de sa population et d’essayer de mieux contrôler les prix sur le marché intérieur.
Mais cette décision ne fait qu’amplifier le processus. Globalement, la teneur en graisse de l’huile de palme va diminuer. Les restaurateurs et les transformateurs chercheront d’autres types d’huiles… ce sera un cercle vicieux.
Concrètement, comment cela affecte-t-il la France ?
Des pays comme l’Inde, la Chine, le Bangladesh ou le Pakistan, grands consommateurs d’huile de palme, vont se retrouver face à de nombreux problèmes. En France, il y aura soit des pénuries à court terme car nous avons la perspective de remplacer l’huile de palme par des alternatives, ce qui est très incertain. Sinon, un cercle vicieux d’amincissement de ces huiles, en particulier de l’huile de palme, commencera. À ce moment-là, nous serons confrontés à des pénuries croissantes.
Parmi les produits les plus riches en huile de palme on peut citer les chips, les croûtons de salade, les pâtes à tartiner, les biscuits, certaines marques de sardines en conserve, certaines mayonnaises, glaces ou plats cuisinés… elle se trouve aussi dans certains lavages à l’eau. En France, l’huile de palme est fortement réglementée car considérée comme nocive pour la santé et l’environnement. Mais ce sont tous les mêmes produits qui peuvent être nocifs pour les consommateurs.
Face à cette pénurie, vers quelles alternatives les industriels vont-ils se tourner ?
Par exemple, l’huile d’arachide provient davantage du continent africain, en particulier de l’Afrique subsaharienne. L’huile d’olive peut également avoir un boom. Il y a déjà des signes que les prix augmentent. Et l’huile de colza. Mais il n’y a pas beaucoup d’options.
À l’origine, les huiles végétales étaient conçues pour remplacer les graisses animales plus chères comme le beurre. On pourrait revenir à un usage un peu plus intensif du beurre dans l’alimentation, mais c’est tout aussi cher aujourd’hui… les perspectives sont mitigées.
