Nouveaux scores nutritionnels pour 2023
Depuis sa création, le système d’étiquetage a changé la façon dont les consommateurs perçoivent la qualité des aliments. Mais les notations, parfois jugées inappropriées, ont conduit à quelques mises à jour de la gouvernance du Nutri-score jusqu’en 2023.
Des lettres et des couleurs… Le logo Nutri-score fait désormais partie du quotidien des Français. Institué en 2017 dans le cadre de la loi de modernisation du système de santé de 2016, le label vise à informer les consommateurs sur le contenu nutritionnel des produits qu’ils achètent. Objectif : les guider dans leurs choix alimentaires » plus sain » Nutritionnellement équilibré. Mais alors que cela devrait changer en 2023, le score Nutri est à nouveau discuté. « Le Figaro Évaluation avec son créateur, le professeur Serge Hercberg, épidémiologiste spécialiste de la nutrition en santé publique.
» Lire aussi – Serge Hercberg, qui a mis en place le Nutrition Score
Quels sont les critères de calcul du score nutritionnel ?
Le Nutri-score est basé sur un algorithme développé par l’équipe de recherche du professeur Serge Hercberg. « Ce score reflète l’équilibre entre les éléments positifs (fibres, protéines, fruits, légumes, légumineuses, fruits à coque, colza, noix et huile d’olive) et les éléments négatifs contenus dans 100 grammes ou 100 ml de produit. Crédits (calories, acides gras saturés (AGS), monosaccharides et teneur en sel) « , a déclaré le scientifique.
En attribuant des notes à ces différents critères, on arrive à une note globale, qui permet d’attribuer des couleurs et des lettres aux produits. De A à E, la qualité nutritionnelle du produit diminue. Les produits verts A sont considérés comme les plus équilibrés, tandis que la lettre rouge E est riche en graisses, sucres ou sel nocifs : ces aliments ne doivent pas être évités, mais consommés avec modération. Les produits restants utiliseront trois lettres (B, C, D) et trois couleurs intermédiaires (vert clair, jaune et orange).
Quels changements sont attendus en 2023 ?
Après six ans en France, le système d’attribution des points, ainsi que la note globale de certains aliments, devraient évoluer en 2023, selon les révisions du comité scientifique en charge de la notation nutritionnelle. Pourquoi? Les algorithmes actuels doivent être plus en phase avec les dernières recommandations nutritionnelles, notamment des restrictions plus strictes sur certains aliments riches en sucre ou en mauvais gras. « Depuis sa création, le programme recommande des améliorations tous les trois ans au comité scientifique chargé de mettre à jour les scores nutritionnels pour mieux s’aligner sur les recommandations de santé publique. dit Serge Heckberg.
Les chercheurs insistent sur le fait que « La stratégie de calcul, pondérant les éléments positifs et négatifs, reste essentiellement la même En revanche, les révisions concernent préférentiellement certains groupes d’aliments avec des évolutions importantes sur les viandes rouges, et leurs notes seront déclassées.Ce malus s’inscrit dans un objectif global de limitation de la consommation de viandes rouges et de viandes transformées riches en acides gras saturés. En plus de cela, de nombreuses études ont montré que la consommation de grandes quantités de ces aliments augmente le risque de cancer du côlon.
» Lire aussi – Comprenez-vous vraiment les scores nutritionnels ?
Lait, pain, huile : de nouvelles partitions pour les objets du quotidien
De manière générale, les sucreries seront notées plus strictement. Cela est particulièrement vrai pour les céréales du petit-déjeuner, qui sont mieux classées en C et ne peuvent plus atteindre un score nutritionnel de A. La marque Chocapic a fait un effort louable en réduisant significativement la teneur en sucre de sa formule. Cependant, ces grains contiennent encore beaucoup de sucre et il ne serait pas légal de les classer en A, même s’ils sont toujours meilleurs que les autres grains classés en D ou E. », explique Serge Hercberg.
» Lire aussi – Les céréales du petit déjeuner ont de mauvais scores nutritionnels
De même, les produits laitiers seront mieux différenciés en fonction de leur teneur en sucres ajoutés. Il en va de même pour les aliments trop salés qui rentreraient dans la catégorie D/E. Quant aux plats cuisinés, la moyenne ira de A/B à B/C, et certains même D, comme diverses pizzas industrielles.
Au lieu de cela, certains aliments riches en matières grasses ou pauvres en sel devraient être mieux classés. « Il s’agit principalement de poissons gras sans ajout (sel ou huile) qui relèvent de la catégorie A/B » a déclaré Serj Heckberg. Une classification similaire s’appliquera aux huiles contenant moins de mauvaises graisses (colza, olives et noix), qui seront reclassées en grade B au lieu de grade C. Les médecins espèrent que cela permettra » Sensibiliser les consommateurs au fait que certaines huiles sont souhaitables car elles contiennent moins de graisses saturées De même, on peut voir certains fromages à pâte pressée changer la note en C au lieu de D car ils sont peu salés (ex : Emmental).
» Lire aussi – Rockford, classé défavorable par le Nutri-Score, réclame une exemption
« Enfin, les notes du pain et des pâtes vont également évoluer pour mieux différencier les produits de blé entier. » Les produits entiers seront notés A pour leur teneur élevée en fibres, tandis que les produits raffinés seront notés B ou C en fonction de leur teneur en sel.
Les industriels sont-ils obligés d’afficher des scores nutritionnels ?
Bien qu’il soit affiché sur la plupart des emballages de produits industriels, le Nutri-score n’est pas une obligation légale car la réglementation européenne ne permet pas aux pays de l’imposer. C’est l’entreprise de produits agricoles qui a pris l’initiative de l’afficher. Pour ce faire, les industriels doivent s’inscrire sur une plateforme mise à disposition par le Ministère de la Santé Publique. Après vérification des qualifications de l’opérateur, celui-ci peut obtenir le droit d’usage de la marque Nutri-score, qui est encore gratuit. En revanche, Serge Hercberg a précisé que « Lorsqu’une entreprise agroalimentaire choisit d’adopter un Nutri score, elle doit l’afficher sur l’ensemble de ses produits, évitant ainsi un manque de transparence « .
A l’évocation de ce dernier en 2014, Serge Hercberg raconte qu’après quatre ans d’âpres combats, il retrace la bataille dans le livre Eat Shut Up : Face à la Diététicienne du Hall Agroalimentaire (édition HumenSciences). « Lors du lancement du Nutri-score en octobre 2017, seules six entreprises l’ont immédiatement adopté. On parle aujourd’hui de 875 entreprises, soit 60 % de l’offre alimentaire disponible pour les consommateurs. », explique Serge Hercberg. Parmi les membres, 95% sont de petites entreprises, a-t-il ajouté. En revanche, malgré leur opposition initiale au Nutri-score, certains grands groupes ont fini par s’y conformer. Ce fut le cas de Nestlé, qui a officiellement adopté le Nutri score en 2019, une décision saluée par les défenseurs du logo.
Vers un étiquetage obligatoire au niveau européen
La Commission européenne devrait parvenir à une décision d’ici 2023, qui sera votée par le Parlement européen à Strasbourg, pour intégrer le « Logo unique et obligatoire, coloré, composite et dégradé Disponible dans tous les pays européens. « La proposition est soutenue par le Centre commun de recherche sur les agences armées de la Commission européenne et une consultation publique lancée par la Commission européenne en 2021 », explique Serge Hercberg. Cependant, le lobbying des grandes entreprises (Coca-Cola, Ferrero, Lactalis, Mars, etc.) et de certaines filières agricoles (e.g. charcuterie, fromagerie) qui tentent d’empêcher la mise en place du Nutri-score depuis 2014 reste un frein.
Un État en particulier était pessimiste quant aux scores nutritionnels : » L’Italie rejette le Nutri score au nom de la défense de son secteur économique, l’arguant Les produits fabriqués en Italie sont punis », explique Serge Hercberg. » Cette manipulation politique s’appuie sur de fausses nouvelles affirmant que le Nutri Score s’attaquerait au régime méditerranéen, et va à l’encontre des intérêts de santé des consommateurs, qui restent la cible principale du Nutri Score. »
» Lire aussi – Nutri-Score sous « une énorme pression du lobby »
Aujourd’hui, six pays européens (Allemagne, Pays-Bas, Espagne, Luxembourg, Belgique et Suisse) ont adopté le Nutrition Score. Mais Serge Hercberg reste optimiste : « Le Bureau de l’Union européenne des consommateurs (Beuc), qui regroupe 46 associations européennes de consommateurs, soutient la mise en place du Nutri-score au niveau européen. Comme une communauté de plus de 400 scientifiques européens écrivant une lettre demandant à la Commission européenne de l’adopter. Sans oublier le soutien de nombreuses sociétés savantes, de comités d’experts, du Centre international de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la santé et de l’Académie européenne de pédiatrie. »
» Lire aussi – Étiquetage des aliments : pétition pour faire appliquer le Nutri Score
Prochaines étapes pour le Nutri-score
Le comité scientifique devrait remettre un rapport complémentaire sur les boissons telles que les sodas d’ici la fin de l’année. Selon Serge Hercberg, le rapport va permettre d’établir une nouvelle classification des boissons sucrées, là où nos travaux scientifiques sont moins bons qu’il y a quelques années : » Cela représente une nouvelle étape dans le Nutri-score. »
Côté santé, les scientifiques recommandent d’ajouter des informations complémentaires sur l’ultra-transformation du produit : » Nous recommandons d’ajouter une bande noire autour du score Nutri pour indiquer si le produit est ultra-transformé afin que les consommateurs puissent effectuer une double analyse de qualité nutritionnelle et de transformation industrielle. dit Serge Heckberg.
Plus largement, il existe une réflexion internationale sur la création de marqueurs Nutri Score complémentaires pour indiquer l’impact environnemental d’un produit. C’est le cas des « scores planétaires » ou des « scores écologiques » qui n’ont pas été validés scientifiquement. « Avec mon équipe, puis les travaux du comité scientifique, nous avons défini des scores nutritionnels en fonction des facteurs de risque…
